Tout le monde a entendu parler des somnifères, appelés aussi hypnotiques, ces médicaments prescrits pour traiter à court terme les problèmes de sommeil. Mais face à la multitude de médicaments disponibles, aux effets secondaires et aux risques, être bien informé est capital. Éclairage.
Quelques rappels utiles sur les somnifères
Les somnifères, ou hypnotiques, sont des médicaments uniquement prescrits par un médecin pour traiter une insomnie de courte durée.
Dans cette famille de médicaments, on trouve en premier lieu les benzodiazépines, accessibles sur prescription médicale en cas d’anxiété ou de trouble du sommeil. C’est la famille de somnifères la plus prescrite : plus de 9 millions de patients en ont pris en 2024, recense l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé). Cela place la France à la deuxième place en Europe des principaux pays consommateurs de cette substance.
Tendance inquiétante, leur consommation augmente chez les jeunes : +25% entre 2015 et 2025 chez les moins de 19 ans, et encore plus nettement chez les filles (+40%). Toutefois, ce sont toujours les personnes de plus de 65 ans qui en consomment le plus en France, bénéficiant souvent de prescriptions trop longues par rapport aux recommandations sanitaires. En outre, 36% des consommateurs de somnifères demandent eux-mêmes à leur médecin de leur en prescrire. Une situation problématique quand on sait que plus d’une personne sur 3 considère qu’elle ne prend aucun risque avec ce traitement. Un préjugé qui n’est pas sans danger.
Tout ce que vous devez savoir sur les somnifères
Les somnifères font l’objet de nombreuses idées reçues, incitant à une consommation injustifiée et parfois dangereuse. Voici ce qu’il faut absolument savoir :
#1 Votre traitement doit être de courte durée
La consommation de somnifères doit toujours être la plus courte possible. En effet, ces médicaments constituent une aide temporaire et jamais de long terme. En pratique, la prise de somnifères ne devrait pas excéder 3 semaines en cas d’insomnie et 12 semaines pour les anxiolytiques censés lutter contre l’anxiété. Pris sur le long terme, les somnifères font peser de vrais risques sur la santé physique et mentale : dépendance, troubles de la mémoire, somnolence…
#2 Les somnifères sont un traitement de seconde intention
Avant de prendre un somnifère, il y a d’autres actions à mener d’abord contre l’insomnie ou le sommeil de mauvaise qualité. Tout doit commencer par des mesures d’hygiène de vie :
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Mangez sain et équilibré, avec un dernier repas au moins 2 heures avant de vous coucher.
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Pratiquez une activité physique régulière comme la marche pendant au moins 30 minutes par jour.
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Exposez-vous un maximum à la lumière naturelle, afin de rééquilibrer votre rythme circadien, si besoin.
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N’utilisez pas d’écrans au moins 1 heure avant de vous coucher.
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Ne fumez pas et ne consommez pas d’excitants comme la caféine le soir.
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Limitez au maximum votre consommation d’alcool, à défaut de vous en passer.
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Aménagez une chambre à coucher sombre, sans source de lumière et à une température de 19°C en moyenne.
Une autre solution avant d’envisager de prendre des somnifères est d’entamer une psychothérapie. Face à l’anxiété ou au stress, responsables d’une dégradation d’un sommeil, son efficacité peut être réelle et profonde, cela a été prouvé scientifiquement.
#3 Gare à la dépendance : l’efficacité de certains somnifères diminue avec le temps
En prenant des somnifères plus de 4 semaines pour traiter l’insomnie et plus de 12 semaines en traitement de l’anxiété, leur efficacité diminue en raison du phénomène dit d’accoutumance. Le risque de dépendance (physique et psychique), lui, augmente. À terme, cela rendra l’arrêt du traitement d’autant plus long et difficile. C’est pour cela qu’il est essentiel de prendre des somnifères le moins longtemps possible.
#4 Somnifères ou conduire, il faut (souvent) choisir
Vous prenez facilement le volant en parallèle de votre traitement de somnifères ? Attention, danger. Parmi les effets indésirables des benzodiazépines, on trouve les risques d’altération de la conduite. D’une manière générale, même les somnifères vendus sans ordonnance ne sont pas vraiment compatibles avec la conduite. Et à bien y réfléchir, c’est logique : ces médicaments étant destinés à vous aider à dormir, les effets de somnolence et de « brouillard » peuvent également perdurer en journée. D’autant plus si vous avez démarré le traitement récemment.
Souvenez-vous : des pictogrammes spécifiques à la conduite sont mentionnés sur les boîtes de ces médicaments. Le pictogramme est souvent rouge sur les boîtes de somnifères. Évitez de conduire.
#5 Les somnifères peuvent être dangereux pour les seniors
Les seniors sont les plus gros consommateurs de somnifères en France, en particulier de benzodiazépines. Malheureusement, les personnes âgées sont davantage sujettes aux effets secondaires que le reste des patients. Parmi ces désagréments, on peut citer :
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Des troubles de la vigilance ;
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Des troubles de la mémoire ;
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Des troubles du comportement ;
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Une augmentation des chutes et des accidents ;
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Des fausses routes (les difficultés à déglutir augmentant les risques d’étouffement).
Une accumulation de ces effets indésirables peut précipiter une perte d’autonomie.
#6 Certains somnifères sont accessibles sans ordonnance
C’est vrai, mais on parle ici de médicaments à base de mélatonine (hormone naturellement produite par le cerveau quand la lumière naturelle baisse pour favoriser le sommeil), de diphénhydramine et de doxylamine. Ces deux derniers sont des antihistaminiques, réputés pour entraîner des états de somnolence légers. Il est possible de les trouver librement en pharmacie, mais attention tout de même : ils ne sont pas sans effets secondaires. Demandez toujours conseil à votre pharmacien avant toute consommation.
On résume…
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La consommation de somnifères est fréquente en France, en particulier les benzodiazépines (uniquement accessibles sur ordonnance médicale). Elle est même en hausse chez les jeunes et toujours élevée par les personnes âgées.
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Les somnifères doivent toujours être une réponse de seconde intention, en cas d’insomnie ou de sommeil dégradé.
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Tout traitement de somnifères doit durer le moins longtemps possible.
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Quel que soit le somnifère, il existe un risque de dépendance et d’effets secondaires liés à la prise de longue durée.
Sources & références :
- https://www.ameli.fr/seine-et-marne/assure/sante/themes/insomnie-adulte/traitement-medical
- https://www.pour-les-personnes-agees.gouv.fr/preserver-son-autonomie/preserver-son-autonomie-et-sa-sante/somniferes-anxiolytiques-attention-aux-effets-secondaires-des-benzodiazepines
- https://www.santepubliquefrance.fr/docs/les-consommations-de-medicaments-psychotropes-en-france
- https://ansm.sante.fr/page/les-medicaments-et-moi-bub