Méconnue, la névralgie du trijumeau peut fortement altérer la qualité de vie. Comment la reconnaître, l'expliquer et la soigner ? Décryptage.
Qu'est-ce que la névralgie du trijumeau ?
La névralgie du trijumeau est une maladie neurologique rare et douloureuse qui touche le nerf trijumeau. Elle provoque des crises de douleurs fulgurantes et intenses au niveau du visage, des douleurs qui peuvent altérer la qualité de vie. La maladie évolue par poussées douloureuses, entrecoupées de périodes de rémission variables.
Elle touche majoritairement des femmes à partir de 60 ans, selon la Société française d’étude des migraines et céphalées (Sfemc).
C’est quoi, le nerf trijumeau ?
Le nerf trijumeau est le 5e nerf crânien et le nerf sensoriel le plus volumineux de la face. Il démarre au niveau du tronc cérébral, rejoint le ganglion de Gasser situé dans une cavité osseuse à la base du crâne, puis se divise en 3 branches, d'où son nom :
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V1 ou nerf ophtalmique : il innerve le front, les paupières et la cornée.
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V2 ou nerf maxillaire : il transmet les sensations de la joue, de la lèvre supérieure et du palais.
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V3 ou nerf mandibulaire : il innerve la mâchoire inférieure, la lèvre inférieure et les gencives du bas.
Le nerf trijumeau a deux fonctions : il transmet les sensations tactiles, thermiques et douloureuses du visage, et il diffuse les sensations motrices, liées aux muscles de la mastication.
Les deux types de névralgie du trijumeau
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La névralgie classique (ou essentielle) : c'est la forme la plus fréquente. Elle survient sans cause clairement identifiée. L'IRM révèle le plus souvent une compression du nerf trijumeau par un vaisseau sanguin voisin, au niveau du tronc cérébral. Cette compression abîme la gaine protectrice du nerf (la myéline), ce qui entraîne des décharges électriques anormales et donc des douleurs.
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La névralgie secondaire (ou symptomatique) : elle est causée par une pathologie ou une lésion située sur le trajet du nerf.
Névralgie du trijumeau : quelles sont les causes ?
Dans le cas de la névralgie secondaire, plusieurs causes peuvent en être à l’origine :
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Une tumeur, qui comprime le nerf sur son trajet.
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La sclérose en plaques, qui peut provoquer des lésions de démyélinisation affectant le trijumeau.
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Un traumatisme : accident, chirurgie, extraction dentaire ou implant peuvent directement abîmer le nerf.
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Plus rarement, une infection de type zona, touchant la zone du nerf.
Les symptômes de la névralgie du trijumeau
La névralgie du trijumeau se caractérise par des douleurs de la face aiguës, semblables à des chocs électriques. Les crises sont brèves (allant de quelques secondes à quelques minutes) mais se produisent de manière répétée et périodique.
Ces crises peuvent survenir spontanément ou être déclenchées par des gestes anodins du quotidien :
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Parler, rire, mâcher ou avaler.
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Se brosser les dents, se raser ou se maquiller.
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Un simple effleurement du visage, un courant d'air frais voire la lumière vive.
Les zones du visage qui déclenchent la douleur au moindre contact sont appelées « zones gâchettes ». Entre les crises, la sensibilité et la motricité du visage sont normales. Les douleurs peuvent survenir de nombreuses fois par jour, rendant les actions les plus simples difficiles voire impossibles. La détresse psychologique qui en découle est réelle et doit être intégrée dans la prise en charge.
Névralgie du trijumeau : quelle prise en charge ?
Le diagnostic est avant tout clinique : votre médecin s'appuie sur ce que vous lui confiez au sujet de vos symptômes et sur les critères médicaux officiels. Une IRM cérébrale est toujours réalisée pour confirmer la présence d’une anomalie au niveau du nerf, éliminer l’hypothèse d’une lésion (tumeur, sclérose en plaques) et ainsi orienter vers un traitement adapté.
La prise en charge dépendra ensuite du type de névralgie, de son intensité, de l'âge et de l'état de santé général du patient.
Les médicaments, traitement de première intention
Les antalgiques et les anti-inflammatoires sont inefficaces pour traiter la névralgie du trijumeau. C’est pourquoi le traitement de référence est un antiépileptique (la carbamazépine) qui agit en bloquant les signaux douloureux anormaux générés par le nerf. Il est efficace dans la majorité des cas.
En cas d'effets indésirables (somnolence, vertiges, nausées) ou d'efficacité insuffisante, d'autres médicaments de la même famille peuvent être prescrits : oxcarbazépine, gabapentine ou lacosamide. Mais l’efficacité de ces traitements est plus limitée.
La radiochirurgie
Cette technique non invasive consiste à concentrer des faisceaux de rayonnements très précis sur la racine du nerf trijumeau, sans incision. Elle est proposée aux patients âgés ou présentant des contre-indications à la chirurgie. Le soulagement est progressif. Les risques principaux sont un engourdissement du visage ou une sécheresse oculaire.
La thermocoagulation ou traitement percutané
Là encore, il s’agit d’une technique mini-invasive réalisée sous sédation légère, en ambulatoire, indiquée en cas de névralgie secondaire. Le médecin introduit une fine aiguille à travers la joue jusqu'au ganglion du nerf trijumeau (situé à la base du crâne) sans incision chirurgicale. Une chaleur contrôlée est ensuite appliquée pour « désactiver » de manière sélective les fibres nerveuses responsables de la douleur. Cette technique est efficace dans la plupart des cas et sur le long terme. Elle nécessite la coopération active du patient pendant le geste, afin de cibler précisément la zone douloureuse. Parmi les effets indésirables, elle peut provoquer un engourdissement du visage.