Santé mentale : qu’est-ce que la boulimie ?

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La boulimie fait partie des troubles des conduites alimentaires (TCA). Comment apparaît-elle ? Comment la reconnaître et la prendre en charge ? Explications.

 

Qu’est-ce que la boulimie ?

La boulimie fait partie des troubles de la conduite alimentaire (TCA). En général, ces troubles sont durables, importants et peuvent avoir de fortes répercussions physiques et psychologiques.
Concrètement, la boulimie se caractérise par la survenue de crises durant lesquelles la personne consomme de grandes quantités de nourriture de manière compulsive dans un court laps de temps. Ces crises peuvent survenir à tout moment de la journée ou  de la nuit. Elles s‘accompagne d’un sentiment de perte de contrôle, suivies de comportements compensatoires inappropriés : vomissements provoqués, utilisation de laxatifs ou de diurétiques, exercice physique excessif ou encore période de jeûne entre les crises.  
On estime qu’environ 1,5% des jeunes âgés de 11 à 20 ans souffrent de boulimie en France, avec une majorité de filles touchées. L’hyperphagie boulimique est plus fréquente, touchant 3 à 5% de la population française (source : Assurance maladie).  

 

Boulimie et hyperphagie boulimique : quelle différence ?

Il est important de distinguer la boulimie de l’hyperphagie boulimique.  Dans l’hyperphagie boulimique, les crises de boulimie ne sont pas suivies de comportements compensatoires tels que vomissements, restrictions ou exercices physiques excessifs. Ce type de trouble est donc souvent associé à de l’obésité ou du surpoids, accompagné d’une importante souffrance psychique. 

 

Quelles sont les causes et les facteurs de risque de la boulimie ?

Des facteurs génétiques et psychologiques propres à chaque personne sont en jeu dans la boulimie : 

  • Des troubles du comportement alimentaire sont plus souvent présents chez plusieurs membres de la famille de la personne concernée.

  • La présence de troubles psychiques : la dépression, des troubles bipolaires ou de la personnalité, des troubles de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH).

  • Autres facteurs psychologiques : une baisse de l’estime de soi, un manque de confiance en soi, un perfectionnisme.

 

D’autres facteurs sont impliqués dans la survenue de la boulimie : 

  • L’impact culturel et le rôle social de l’alimentation : le rapport à la nourriture et au corps, ainsi que l’environnement social ou familial autour de l’alimentation peuvent influencer les comportements alimentaires.

  • Des événements de vie : maltraitance, perte d’un proche, épisodes de stress, traumatisme, etc. 

  • La mise en place d’un régime alimentaire restrictif peut agir comme facteur déclenchant.

  • De même, la survenue de vomissements au cours d’une maladie peut aussi initier un trouble du comportement alimentaire.  

 

Boulimie : quels sont les symptômes ?

Les symptômes de la boulimie s’installent insidieusement et progressivement pendant une période plus ou moins longue, qui débute généralement à l’adolescence.
Il est important de repérer ces symptômes précocement afin de débuter rapidement une prise en charge :

  • Les crises de boulimie, marquées par l’ingestion rapide et compulsive de grandes quantités de nourriture surviennent fréquemment à la suite d’un épisode de stress.

  • Le besoin de manger devient incontrôlable et génère de l’ angoisse.

  • Les crises se déroulent en dehors des repas et, le plus souvent, en cachette.

  • Pendant la crise, la personne consomme rapidement toutes sortes d’ aliments à sa portée, sans pouvoir s’arrêter.

  • Ces aliments sont souvent pas cuits, non préparés, gras et hypercaloriques. 

  • Le but n’est pas de se faire plaisir, mais de « se remplir ». 

  • Après la crise, la personne ressent malaise, culpabilité et dégoût de soi. 

  • Dans près de la moitié des cas, la personne boulimique se fait vomir pour limiter la prise de poids et la sensation delourdeur. .

  • En dehors des crises et des comportements compensatoires, il y a une attention marquée à ne pas grossir ; l’obésité est donc peu fréquente dans ce trouble. 

 

Evolution de la boulimie

Bonne nouvelle : il est possible de guérir de la boulimie, grâce à une prise en charge précoce, qui permet de réduire les effets physiques et psychologiques du trouble. 
En l’absence de traitement, la boulimie peut évoluer vers une forme chronique (lorsque les symptômes persistent depuis plus de 5 ans), pouvant entrainer diverses complications : 

  • Problèmes bucco-dentaire : altération de l’émail des dents, caries, gingivites… provoquées par l’acidité des vomissements.

  • Lésions de l’œsophage pouvant provoquer des reflux gastro-œsophagiens (RGO), œsophagites, gastrites.

  • Anomalies des taux de sodium et de potassium pouvant entrainer des troubles cardiaques ou rénaux.

  • Risque de déshydratation, dénutrition ou malnutrition (carences).

  • Perte de densité osseuse.

  • Surpoids ou obésité.

  • Règles irrégulières et baisse de la fertilité.

  • Risque d’aggravation de l’état de santé mentale : baisse de l’estime de soi, hyperémotivité, impulsivité, anxiété, pensées obsessionnelles, dépression, idées suicidaires, dépression du post-partum dans le cadre d’une grossesse…

 

Prise en charge de la boulimie

La prise en charge doit être initiée le plus tôt possible, ce qui implique de repérer rapidement les premiers symptômes de boulimie. 

 

Boulimie : le diagnostic

Le médecin traitant est le premier interlocuteur privilégié. Il peut poser un diagnostic de boulimie lorsque : 

  • Les crises surviennent au moins 1 fois par semaine depuis 3 mois.

  • Chacune repose sur au moins 3 de ces critères : ingestion très rapide, consommation jusqu’à sensation de distension de l’estomac, absence de faim ; isolement lors des repas par gêne, sentiment de tristesse ou de culpabilité après la crise. 

  • La personne est en souffrance car elle a conscience de son état.

 

Seconde étape : le médecin recherche des troubles associés à la boulimie, tels que : 

  • Des troubles anxieux, dépressifs ou de la personnalité.

  • Un surpoids ou une obésité, avec apparition d’un syndrome métabolique : tension artérielle élevée, augmentation des graisses dans le sang, diabète et une éventuelle stéatose hépatique. 

  • Des troubles digestifs : RGO, halitose…

  • Des troubles sexuels et de la fertilité.

 

La psychothérapie pour traiter la boulimie

L’accompagnement psychothérapeutique est indispensable en raison de l’origine et des conséquences psychologiques de la boulimie sur le patient. Plusieurs types de thérapies sont possibles : 

  • Une thérapie comportementale et cognitive (TCC), particulièrement adaptée en cas de trouble de la conduite alimentaire, souvent en individuel. 

  • Une thérapie familiale : l’implication de la famille est recommandée surtout pour les adolescents. 

  • Une thérapie de groupe afin de pouvoir échanger au sein d’un groupe de parole. 

  • Une psychothérapie d’inspiration analytique, dans le traitement des personnes boulimiques dans la durée.

 

Un suivi pluridisciplinaire

Un suivi pluridisciplinaire est essentiel pour assurer une prise en charge globale de la personne souffrant de boulimie. Il repose sur : 

  • Le suivi nutritionnel : pour réapprendre à s’alimenter de manière équilibrée et diversifiée.. En cas d’obésité, une prise en charge spécifique doit être mise en place.

  • Le suivi bucco-dentaire afin de traiter les lésions dues aux vomissements.

  • Un suivi médical régulier doit être assuré par le médecin traitant, incluant la prescription de bilans sanguins.

  • Un suivi gynécologique adapté chez les jeunes femmes pour prescrire une contraception adaptée, suivre la fertilité, etc.

La prescription de médicaments tels que des antidépresseurs, peut être envisagée afin d’atténuer les symptômes, l’anxiété et la dépression, associés à la boulimie.