
Après un événement traumatisant, un stress post-traumatique peut se développer. Mais sommes-nous tous égaux face à ce risque de souffrance psychique ? Quand et comment se déclare ce trouble et comment bien le prendre en charge ? Notre dossier.
Qu’est-ce que le trouble du stress post-traumatique ?
Le stress post-traumatique est un trouble psychiatrique qui se déclare, comme son nom l’indique, à la suite d’un événement traumatisant. Ce trouble est caractérisé par une souffrance morale ainsi que des symptômes physiques qui se manifestent lorsque la personne « revit » l’événement. Enfants, adultes, victimes directes ou témoins de cet événement déclencheur peuvent tous souffrir d’un trouble du stress post-traumatique.
Pour qu’un diagnostic de troubles de stress post-traumatique (TSPT) puisse être posé, les symptômes doivent persister plus de 4 semaines après l’événement déclencheur. Lorsqu’elles sont prises en charge, la plupart des personnes atteintes de TSPT guérissent dans les 3 mois qui suivent, alors que 20% d’entre elles risquent de développer une forme chronique (source : Inserm).
Le point de départ : un événement très traumatisant
Menace de mort imminente, de blessure grave ou d’atteinte à l’intégrité physique font partie des principaux types d’événements déclencheurs du trouble du stress-post-traumatique. Cela peut concerner directement la personne victime ou l’un de ses proches, par exemple suite à l’annonce de la mort violente ou inattendue de l’un d’eux, ou encore d’un événement grave qui le touche.
Les militaires ayant participé à des combats sont particulièrement touchés par ce trouble : un quart d’entre eux serait concerné (Inserm). Le stress post-traumatique touche aussi beaucoup les victimes et témoins d’attentat, d’une prise d’otage, d’une agression physique ou sexuelle, d’un accident grave ou encore d’une catastrophe naturelle, tout comme les parents ayant perdu un enfant et les professionnels qui interviennent sur des terrains de drames.
Tous ont un point commun : ils ont vécu cet événement comme un facteur de stress intense voire d’effroi et se sont sentis impuissants.
Les mécanismes neurobiologiques du stress post-traumatique
Un traumatisme n’est pas un souvenir comme un autre. Pour les souvenirs considérés comme « ordinaires », un processus d’analyse et de mise à distance se met en place au sein du cerveau. Mais en présence d’un événement traumatisant, ces mécanismes changent : l’intensité de l’événement est telle qu’elle provoquerait une sorte d’hypermnésie (mémoire extrêmement détaillée) émotionnelle, tout en perturbant la constitution de la mémoire épisodique, celle qui permet de verbaliser et de prendre conscience de ce qui survient. Dans certains cas, cette modification peut provoquer une amnésie partielle de certains détails relatifs à l’événement. À plus long terme, ce processus « chamboulé » rend la personne incapable de mettre cet événement à distance par la parole et la conscience. Résultat, seules les émotions rejaillissent, avec la même puissance qu’au cours de l’événement.
Des imageries cérébrales ont été réalisées pour observer ce processus d’un point de vue neurologique : les chercheurs ont constaté une hyperactivité de l’amygdale, la zone du cerveau impliquée dans la mémoire émotionnelle. Elle était associée à une hypoactivité de l’hippocampe, zone impliquée dans la mémoire déclarative. Sa plasticité et son volume étaient également réduits.
En outre, la substance grise composée d’un ensemble de neurones impliqué dans la réaction de défense et d’évitement était particulièrement active. Enfin, d’autres mécanismes se produisent en parallèle de ces modifications neurologiques : une grande libération de différents médiateurs du stress tels que le cortisol.
Trouble du stress post-traumatique : quels symptômes ?
Le diagnostic peut être posé si la personne concernée subit un ensemble de symptômes provoquant une grande souffrance et si ceux-ci perturbent fortement sa qualité de vie ainsi que son comportement en société. Le premier de ces symptômes est la reviviscence répétitive de l’événement, qui peut se manifester à la suite d’un détail qui le rappelle (bruit, odeur, lieu…) ou lorsque la vigilance diminue (en phase d’endormissement, par exemple). Cette reviviscence peut prendre la forme de :
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« Flash-backs » soudains (revivre la scène, comme si un film se projetait dans notre mémoire).
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Impression d’être en présence de l’agresseur.
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Intrusion envahissante et involontaire d’images ou de pensées relatives à l’événement.
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Cauchemars à répétition.
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Peur réflexe face à des bruits ou des mouvements brusques.
La reviviscence et la détresse psychique qu’elle entraîne s’accompagnent de symptômes physiques : tachycardie, tremblements, sueur, pâleur, raidissement…
D’autres signes du stress post-traumatique existent :
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L’évitement de pensées, discussions ou personnes en lien avec ce traumatisme, pour ne pas affronter la douleur qui y est associée. En évitant ces pensées, une forme de peur émerge et pousse à mettre en œuvre des tentatives pour supprimer cet événement de sa mémoire. Généralement inefficaces, ces tentatives vont néanmoins renforcer la peur initiale.
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Des troubles de l’humeur avec une baisse de la réactivité, de l’intérêt pour les activités habituelles et des affects.
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Le développement d’une activité neurovégétative, en lien avec le système nerveux autonome, qui contrôle toutes les activités automatiques et non soumises au contrôle volontaire, comme la digestion, le rythme cardiaque, la tension artérielle : hypervigilance, difficultés de concentration, troubles du sommeil…
Ces symptômes peuvent apparaître tout de suite ou progressivement, au bout de quelques semaines, mois voire années, après l’événement déclencheur. Sans prise en charge, le stress post-traumatique peut avoir plusieurs conséquences sur la santé au quotidien : fatigue chronique, trouble du comportement alimentaire, hypertension artérielle, maladies dermatologiques, ulcère de l’estomac, dépression, anxiété, dépendance à des substances psychoactives et risque suicidaire.
Les facteurs de risque du stress post-traumatique
Nous ne réagissons pas tous de la même manière face à un événement particulièrement traumatisant. Plusieurs facteurs doivent être réunis pour déclencher un trouble du stress-post-traumatique :
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Des facteurs préexistant avant l’événement : expériences douloureuses déjà vécues, plus grande sensibilité face à la peur, son état de santé physique et mental en général, sa personnalité, mais aussi son âge au moment de l’événement. Certains facteurs génétiques et épigénétiques contrôlant la plasticité cérébrale seraient également impliqués.
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L’événement en lui-même : en fonction de son intensité, de sa gravité, de sa durée… mais aussi de son impact émotionnel, de sa proximité et de ses conséquences physiques.
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Le contexte post-traumatique : la prise en charge aura plus de chance d’être efficace si la personne bénéficie d’une aide psychologique, de soutien social et/ou familial rapide. Avec une vigilance particulière accordée si elle souffre de stress ou de douleurs chroniques à la suite de l’événement.
Notez que même une personne qui ne présente a priori pas de facteur de risque particulier est susceptible de développer un trouble du stress post-traumatique après un événement traumatisant. C’est pourquoi la prise en charge doit concerner tout le monde.
Trouble du stress post-traumatique : quelle prise en charge ?
La prise en charge doit être immédiate et se poursuivre sur le long terme.
Une psychothérapie incontournable
Le plus vite possible après l’événement traumatisant, un soutien doit être recherché auprès de psychiatres ou de psychologues cliniciens. Un réflexe qui n’est pas toujours facile à adopter lorsqu’il s’agit d’un événement traumatisant vécu de façon individuelle.
Une prise en charge à distance de l’événement est bien sûr possible : une psychothérapie est vivement recommandée. Il peut s’agir d’une thérapie par la parole ou d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) afin d’aider à trouver des moyens de changer la perception que l’on a d’un événement, afin de l’appréhender autrement et ainsi, de le rendre plus facile à vivre. Alternative intéressante, l’EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) a pour but de limiter l’évitement mental et comportemental afin de réussir à intégrer et traiter le souvenir traumatisant comme un souvenir « habituel ».
En cas d’événement traumatisant dans l’espace public
Des cellules de soutien psychologique d’urgence sont mises en place lors d’événements traumatisants dans l’espace public, comme après un attentat, une prise d’otage, un suicide en collectivité, un accident grave ou une catastrophe naturelle dévastatrice. Leur objectif est de limiter les effets du stress, soutenir, écouter et orienter les victimes (directes ou témoins) vers l’aide psychologique appropriée pour une prise en charge sur du plus long terme. Une aide matérielle peut également être recommandée, selon les besoins. Ces cellules sont généralement formées de psychiatres, de psychologues cliniciens et de tous professionnels formés à l’écoute, en fonction des ressources disponibles.
Des médicaments pour traiter le stress post-traumatique ?
Des traitements complémentaires à la psychothérapie sont parfois nécessaires pour traiter les TSPT. Ils sont prescrits par un psychiatre ou le médecin traitant. Les médicaments concernés sont le plus souvent des sédatifs, des antidépresseurs ou des anxiolytiques, en fonction des besoins propres à chaque patient. Mais attention, leur efficacité porte uniquement sur les symptômes et non sur les émotions qui ne peuvent être traitées que par la psychothérapie.
Pour résumer, le trouble du stress post-traumatique doit être pris en charge le plus vite possible après l’événement traumatisant pour limiter la souffrance ressentie par les patients et limiter le risque de rechute, important dans cette situation.
Sources & références :
- https://www.inserm.fr/dossier/troubles-stress-post-traumatique/
- https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/stress-post-traumatique/articles/l-enquete-espa-13-novembre
- https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/post-traumatic-stress-disorder
- https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/stress-post-traumatique/articles/quelles-sont-les-consequences-psychologiques-d-une-exposition-a-un-evenement-traumatisant-comme-les-attentats