Don de selles : la transplantation de microbiote fécal, un espoir pour traiter certaines pathologies

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Transformer de la matière fécale en médicaments administrés pour soigner des pathologies notamment intestinales : surréaliste ? C’est pourtant déjà bien réel. La recherche progresse. Découverte.

 

Transplantation de microbiote fécal : où en est la recherche ?

Actuellement, la transplantation de microbiote fécal (TMF), appelée parfois aussi transplantation fécale, n’est recommandée que dans un contexte bien précis : les récidives d’infections à la bactérie Clostridium difficile. Les enjeux des études cliniques actuelles consistent désormais à évaluer l’intérêt d’une TMF dans le traitement d’une maladie inflammatoire chronique de l’intestin (MICI), comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique (RCH), de troubles fonctionnels intestinaux, de maladies métaboliques et auto-immunes ou encore d’obésité. Toutes ces pathologies sont aujourd’hui considérées comme des « cibles potentielles » du point de vue de la recherche scientifique, mais les preuves de l’efficacité de la TMF ne sont pas encore suffisamment démontrées pour la généraliser.

 

Qu’est-ce que le microbiote fécal ?

Le microbiote fécal fait pleinement partie du microbiote intestinal, désormais mieux connu par le grand public. Il s’agit précisément d’une portion de microbiote intestinal présente dans les selles. Le microbiote (ou flore intestinale) se compose d’un ensemble de micro-organismes, dont de très nombreuses bactéries qui colonisent l’intestin dès les premiers jours de vie : chacun de nous possède un microbiote (intestinal et fécal) qui comporte les mêmes types de bactéries, mais dont leur proportion est propre à chaque individu.

 

Pourquoi effectuer une transplantation de microbiote fécal ?

La TMF est recommandée dans une seule situation à l’heure actuelle : en cas d’infections récidivantes provoquée par la bactérie Clostridium difficile. L’infection la plus répandue dans ce cas est la colite pseudomembraneuse.

Cette bactérie colonise d’autant plus facilement l’intestin en cas de prises fréquentes d’antibiotiques, car ceux-ci affaiblissent le microbiote intestinal. Comme le nom de la pathologie l’indique, les infections provoquées par la bactérie Clostridium difficile sont généralement récidivantes (une seconde infection risque d’apparaître dans les 8 semaines qui suivent l’épisode initial, d’après le Groupe français de transplantation fécale). Et puis plus l’infection se répète, plus le risque de récidive augmente, avec tout ce que cela implique pour la qualité de vie des patients.

Dans une telle situation, l’infection ne laisse pas le temps au microbiote intestinal de se renouveler et se renforcer. La meilleure solution consiste donc à le reconstituer, grâce à la transplantation du microbiote fécal d’une autre personne.

 

Comment se déroule une transplantation de microbiote fécal ?

Il ne s’agit pas d’une greffe au sens classique du terme et la TMF n’a rien de chirurgical. Explications.

 

La sélection du donneur

La première étape lorsque ce traitement est envisagé est de sélectionner un donneur de selles. Que ce donneur fasse partie des proches du receveur ou qu’il soit anonyme, son état de santé est rigoureusement vérifié à l’aide de plusieurs bilans sanguins et prélèvements de selles. Ses antécédents médicaux, de traitements et de voyages sont également étudiés. Depuis la crise sanitaire, le covid-19 est également détecté à l’aide du fameux test PCR à effectuer tous les 14 jours, du début à la fin de la période de don (soit 28 jours maximum). Un autre test PCR est effectué à partir des selles tous les 7 jours, avec au moins un dépistage en début et en fin de période de don. Si l’ensemble de ces résultats apporte un avis favorable, le donneur peut être sélectionné.

 

La préparation du microbiote fécal

Le donneur peut ensuite donner ses selles pendant 21 jours, en les recueillant puis en les apportant au sein de l’unité chargée de la préparation du microbiote fécal. Cette dernière pourra officiellement commencer la préparation lorsque le donneur lui aura remis un questionnaire chargé de vérifier l’absence de conduite à risque de sa part.

Si tous les voyants sont au vert, la préparation est effectuée puis congelée à -80°C et mise en quarantaine pour préserver le microbiote, avant d’être administrée au receveur. En cas d’administration immédiate, la préparation est diluée dans du sérum physiologique, homogénéisée, filtrée et conditionnée afin d’être prise dans les 6 heures qui suivent l’émission.

 

La transplantation

L’administration de la TMF se fait sous contrôle médical en milieu hospitalier. Les modalités varient en fonction des établissements. La transplantation peut se faire soit par sonde nasale, qui descend jusqu’à l’estomac ou jusqu’au duodénum, par coloscopie, par lavement ou encore par l’ingestion de gélules gastro-résistantes.

 

Les effets secondaires sont peu fréquents. Quand ils apparaissent, il s’agit essentiellement de symptômes intestinaux : diarrhée, constipation, ballonnements ou douleurs abdominales dans les heures qui suivent la TMF. Ces effets ne durent jamais plus de 48 heures.

 

Conseil bien-être : méfiez-vous des « tests microbiote » !

À la mode, le microbiote ? Pour certains « laboratoires de biologie médicale » et « entreprises spécialisées » non recommandables, la réponse est oui… et surtout l’occasion de réaliser des profits au détriment de la santé des patients. En effet, un certain nombre d’entre eux proposent de réaliser des « tests de microbiote fécal » basés sur des auto-prélèvements de selles et à des tarifs élevés. La promesse derrière ce « test » est d’évaluer le microbiote des patients, avec des données exploitables par un médecin à la clé. Certains laboratoires vendent même des « thérapies régulatrices » du microbiote intestinal. Or, l’efficacité de ces « thérapies » n’est pas démontrée à ce jour. De plus, chaque individu ayant son propre microbiote intestinal, il est aujourd’hui impossible de définir ce qu’est un microbiote sain, contrairement à ce que prétendent ces entreprises. Suivre leurs recommandations et passer leur « test de microbiote fécal » pourrait donc s’avérer plus dangereux qu’autre chose pour votre santé ! Vous l’aurez compris, ils sont à éviter.