
Elle est l’une des pathologies digestives les plus fréquentes et pourtant sous-évaluée. La maladie cœliaque, ou intolérance au gluten, est à prendre au sérieux et implique de revoir toute son alimentation dès qu’elle est diagnostiquée. Présentation.
Maladie cœliaque : qu’est-ce que c’est ?
La maladie cœliaque, aussi connue sous le nom d’intolérance au gluten, est une pathologie intestinale chronique et auto-immune. Vous l’aurez compris, elle est liée à l’ingestion de gluten et survient chez des personnes prédisposées génétiquement.
Une fois le gluten consommé, le système immunitaire réagit en produisant divers « auto-anticorps », au point de causer une inflammation puis des lésions de la paroi intestinale et à terme, une atrophie des villosités de la muqueuse intestinale. Ce qui entraîne une mauvaise absorption de certains nutriments.
Très fréquente, en progression et sous-évaluée, la maladie cœliaque passe souvent inaperçue : 10 à 20% des cas seulement seraient diagnostiqués en France. Trois fois plus fréquente chez la femme que chez l’homme, elle est le plus souvent diagnostiquée plus de 10 ans après l’apparition des premiers symptômes (sources : Ameli et Association française des intolérants au gluten).
Qu’est-ce que le gluten ?
Le gluten n’est pas naturel : il se forme au moment de l’hydratation d’une pâte, en raison de l’association de divers éléments, dont deux protéines présentes dans le grain de certaines céréales (différentes espèces de blé, l’orge, le seigle et des céréales hybrides de ces variétés). Ces deux protéines sont les gliadines et les gluténines. Ce sont les gliadines qui sont directement impliquées dans la maladie cœliaque.
Il est à noter que le gluten peut être à l’origine d’autres troubles ou pathologies :
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La dermatite herpétiforme : maladie auto-immune rare, qui se définit par une atteinte cutanée sous forme de petites cloques irritantes, localisées sur le dos, les coudes ou les fesses. Associée à une atrophie des villosités de la muqueuse intestinale elle aussi, cette pathologie altère la qualité de vie.
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L’hypersensibilité au gluten : ce trouble se manifeste par les mêmes symptômes que la maladie cœliaque, mais sans atrophie des villosités de la muqueuse intestinale associée.
Ne confondez pas intolérance et allergie au gluten !
Dans l’allergie au gluten, les symptômes se manifestent très rapidement après l’ingestion de gluten. Comme dans toute allergie, le premier contact de l’organisme avec la substance allergène reste sans réaction. Mais l’organisme produit néanmoins des anticorps dirigés contre elle. Au second contact, ces anticorps entrent en action et des symptômes allergiques apparaissent : éruption cutanée, œdème de Quincke, crise d'asthme, etc. Dans le cas de l’intolérance au gluten, en revanche, les symptômes apparaissent progressivement et durablement. D’ailleurs, une fois installée, l’intolérance au gluten est définitive. En outre, l’organisme produit alors des auto-anticorps, ce qui constitue la définition même d’une maladie auto-immune (alors que l’allergie correspond à un « simple » dérèglement du système immunitaire). Dans le cas de l’intolérance au gluten, la paroi de l’intestin grêle est directement attaquée. Fait qui ne se produit heureusement pas en cas d’allergie.
Maladie cœliaque ou intolérance au gluten : quelles causes ?
Si la cause exacte de l’intolérance au gluten est inconnue, on sait néanmoins qu’elle résulte d’une prédisposition génétique, d’origine immunitaire :
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La grande majorité des patients intolérants au gluten sont porteurs d’un ou deux gènes spécifiques : HLA-DQ2 et/ou HLA-DQ8.
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Les membres les plus proches de la famille du patient (parents, frères et sœurs, enfants) développent eux aussi la maladie dans la plupart des cas.
Mais ce n’est pas systématique, car 20% des Français.es possèdent ces gènes sans pour autant développer d’intolérance au gluten. Enfin, les patients qui souffrent déjà d’une maladie auto-immune telle que le diabète de type 1, d’une maladie de la thyroïde ou du foie sont plus susceptibles d’être atteints par la maladie cœliaque.
Les symptômes de la maladie cœliaque
A noter que la majorité des patients concernés restent de très nombreuses années sans symptômes, voire asymptomatiques toute leur vie. En fonction de l’âge auquel ils surviennent, les symptômes varient :
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Chez le nourrisson, ils apparaissent quelques semaines après l’introduction de gluten dans l’alimentation, lors de la diversification alimentaire. Principal symptôme : une diarrhée abondante et qui devient chronique. Cela s’accompagne d’une perte d’appétit et d’un comportement moins actif. Le poids peut diminuer et la croissance en taille peut aussi être perturbée.
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Chez l’enfant et l’adolescent, on distingue deux types de symptômes : digestifs d’abord, avec la présence également d’une diarrhée (chronique ou intermittente), accompagnée de nausées et de vomissements, et/ou d’un manque d’appétit. Des douleurs abdominales peuvent aussi être présentes. Second type de symptôme : une perte de poids ou un retard de croissance, une fatigue chronique ou une irritabilité, une anémie liée à une carence en fer, un retard dans l’apparition de la puberté, une absence de règles chez les jeunes filles de 16 ans, des aphtes récidivants et une dermatite herpétiforme.
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Chez l’adulte, la diarrhée chronique est également présente, avec parfois une constipation aussi. Douleurs abdominales, ballonnements et flatulences apparaissent aussi, pouvant être accompagnés d’amaigrissement avec dénutrition. Des symptômes non digestifs peuvent aussi se manifester : en plus de ceux que l’on retrouve chez l’enfant et l’adolescent, on peut noter une anémie par carence en acide folique, des crampes, ou encore une fracture causée par l’ostéoporose. Plus spécifique aux femmes : aménorrhée, fausse couche et infertilité chez les deux sexes.
La maladie cœliaque est d’autant plus complexe à reconnaître que les symptômes sont particulièrement variables d’un patient à l’autre et ce, quel que soit son âge.
Comment évolue la maladie cœliaque ?
Si un régime sans gluten est mis en place, la situation s’améliore :
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Les symptômes disparaissent en quelques semaines ;
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Les tissus intestinaux endommagés cicatrisent et guérissent à plus ou moins long terme ;
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Les risques de complications diminuent ;
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Le nourrisson retrouve un comportement normal et rattrape son retard sur ses courbes de croissance.
En revanche, en l’absence de prise en charge et à la suite d’une longue évolution, l’intolérance au gluten peut évoluer en :
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Infertilité (pour 12% des patients, selon les données d’Ameli) ;
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Ostéoporose ;
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Croissance ralentie chez l’enfant ;
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Cancers du tube digestif, des voies aérodigestives supérieures et du foie.
Intolérance au gluten : quelle prise en charge ?
Elle consiste essentiellement en l’éviction du gluten au quotidien. Mais la maladie cœliaque doit d’abord être diagnostiquée selon des étapes précises.
Maladie cœliaque : les étapes du diagnostic
Votre gastro-entérologue commence par vous prescrire un bilan sanguin, afin de rechercher certains anticorps caractéristiques de l’intolérance au gluten : les anticorps IgA transglutaminase tissulaire et les anticorps anti-endomysium de classe IgA (les plus spécifiques de la maladie cœliaque).
Le médecin peut également demander un typage génétique HLA, afin de mettre en évidence la prédisposition génétique de la maladie. Si ces examens laissent encore planer un doute, le diagnostic est confirmé suite à la réalisation de biopsies dans l’intestin grêle par endoscopie digestive haute : quatre à six fragments de tissus sont prélevés sur le duodénum.
Une fois le diagnostic posé, des examens complémentaires sont prescrits :
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Une nouvelle prise de sang pour rechercher une anomalie hépatique, une carence en fer ou en vitamines.
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Une ostéodensitométrie pour rechercher une ostéoporose.
Le régime sans gluten strict : le seul traitement de la maladie cœliaque
Il s’agit du seul traitement véritablement efficace contre l’intolérance au gluten. Sans effet secondaire, le régime sans gluten doit être observé à vie, malgré son caractère quelque peu contraignant. En effet, vous devez vous montrer particulièrement vigilant dans le choix des produits que vous consommez. L’accompagnement d’un spécialiste de la nutrition (nutritionniste ou diététicien) peut s’avérer particulièrement précieux pour suivre ce régime à long terme.
Dans le cadre du régime sans gluten, vous devez enlever de votre alimentation :
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Le pain, les viennoiseries et les pâtisseries ;
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Les pâtes alimentaires ;
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Les biscuits (salés et sucrés) ;
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La plupart des céréales pour le petit-déjeuner ;
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Les aliments panés, enfarinés ou frits ;
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Les pains de viande ou de poisson contenant farine ou chapelure ;
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Les soupes industrielles ;
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Les desserts et sauces liés avec de la farine de blé ;
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Les bières ;
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Le seitan (aliment végétarien) ;
En revanche, vous pouvez consommer (presque) sans modération de l’avoine pure. Mais pour ne prendre aucun risque, choisissez des produits à base d’avoine destinés aux personnes atteintes de maladie cœliaque. Vous pouvez également manger sans risque les aliments suivants et les associer dans différents types de plats :
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Le riz ;
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Le maïs ;
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Le sarrasin ;
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Les pommes de terre.
En outre, sachez que le gluten se dissimule très souvent dans la charcuterie, le sucre glace, les poivres moulus, les mélanges d’épices et d’assaisonnements et dans certains médicaments. Réflexe à adopter en conséquence : savoir décrypter toutes les étiquettes de produits consommables et vous abstenir si elles contiennent la mention « présence (certaine ou possible) de gluten » ou « très faible teneur en gluten ». En cas de doute, demandez conseil à votre médecin traitant ou votre gastro-entérologue.
Intolérance au gluten : quel suivi ?
Des rendez-vous de contrôle et des examens sont régulièrement prescrits par votre médecin. Les bilans sanguins permettent de contrôler que les anticorps spécifiques à la maladie cœliaque diminuent et disparaissent à la suite de la mise en place de votre régime d’éviction. Des biopsies de contrôle peuvent aussi être réalisées ponctuellement, afin d’évaluer la régression des lésions intestinales.
En parallèle, un suivi est assuré par un spécialiste de la nutrition : nutritionniste ou diététicien, afin que vous puissiez toujours suivre votre régime dans les meilleures conditions possibles.